Isabelle se souvient…

Isabelle Champion : Rencontres avec quelques grandes figures du spectacle

Je me souviens de la longue robe de soie en fleurs couleur émeraude et outremer de Bette Davis lors de ma toute première interview ; de son extrême courtoisie, de sa voix rauque de fumeuse invétérée. Je devais rester un court moment. Je suis restée deux heures. J’avais dix-huit ans, elle en avait soixante-treize.

Je me souviens du paravent de Beaurepaire – les rochers de Belle-Ile – que je voyais tout en interviewant Arletty, chez elle, alors qu’aveugle, elle ne pouvait plus le voir. « On s’est bien marré !!! »,m’avait-elle écrit sur une photo d’elle dans Désiré au moment de partir.

Je me souviens des grands yeux gourmands et du charme de Madeleine Robinson, « grande fille toute simple » qui m’avait invitée à déjeuner chez Laurent, avenue Gabriel, au cours d’une journée mémorable où elle m’avait racontée ses vies de théâtre et de cinéma.

Je me souviens du visage au teint blond et laiteux de jeune fille de Lillian Gish, venue présenter La Bohême à la Cinémathèque qui lui rendait hommage. C’était en 1983, elle avait quatre-vingt-dix ans.

Je me souviens de la voix d’Audrey Hepburn au téléphone, s’excusant, dans un français impeccable, de ne pas être disponible pour une interview, car déjà prête à quitter Paris le soir même.

Je me souviens du contraste entre ce que me racontait, encore bouleversé, Budd Schulberg – sa découverte des camps de la mort et le procès de Nuremberg auquel il assista – et le lieu magique où nous nous trouvions, au bord d’une piscine inondée de soleil sur les hauteurs de Villeneuve-les-Avignon.

Je me souviens d’avoir été impressionnée par le physique à la Von Stroheim de Pierre Chenal – qui avait, lui aussi, une gourmette au poignet –  par son professionnalisme, sa droiture, son talent de conteur et de dessinateur.

Je me souviens de la disponibilité, de l’humour et de l’accent de Jean Negulesco dans les salons de l’hôtel du Quai Voltaire, à côté duquel, bien des années auparavant, il battait le pavé avec ses compatriotes d’infortune Brancusi, Modigliani et Pascin.

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