Olivier Minne : « LOUIS JOURDAN, le dernier french lover d’Hollywood »

inconnue4-copieLe titre a de quoi allécher les cinéphiles curieux de tout ce qui touche à Hollywood et un « âge d’or » qui se perd déjà dans les brumes. La longue carrière de Louis Jourdan renferme quatre titres marquants : « Le Procès Paradine » d’Alfred Hitchcock, « Lettre d’une inconnue » de Max Ophuls, Madame Bovary » et « Gigi » de Vincente Minnelli. Ces films, inégaux, tracent le portrait d’un charmeur distingué, nonchalant, qui se plaignait sans conviction d’être victime d’un physique trop avantageux, mais qui, sorti du « système », ne réussit pas davantage à s’affirmer, alignant paresseusement des rôles alimentaires qu’on peine à se remémorer.

On pouvait espérer de cette épaisse biographie (600 pages !)quelques révélations, voire une réévaluation, mais la moisson est des plus minces. À l’image de ces chefs qui épaississent la sauce pour masquer la médiocrité des ingrédients, Olivier Minne nous noie sous une masse de bavardages et de digressions « didactiques » superfétatoires. Cinq ans de fréquentation assidue d’un Jourdan reclus et fatigué (2010-2015) ne produisent qu’une trentaine de pages utiles (essentiellement sur « Le Procès Paradine », la personnalité de David O. Selznick, les répétitions orageuses de la pièce « The Immoralist », qui valut le Donaldson Award à l’acteur… mais virtuellement rien sur « Lettre d’une inconnue » unique chef-d’œuvre du comédien.)

Cette indigence est aggravée par une pléthore d’erreurs factuelles et de coquilles, engendrant une exaspération croissante chez le lecteur. C’est ainsi que « Seuls les Anges ont des Ailes » se voit successivement attribué à Howard Hawks et Frank Capra (p. 198), puis considéré, avec « La Dame du Vendredi » et « Le Port de l’Angoisse » comme une trois meilleures « screwball comedies » de son auteur (p. 368) ; que Minnelli perd un « n » à plusieurs reprises ; que la tristement célèbre Commission Hays devient Haynes (p. 454) ; que Frederick Loewe (de « My Fair Lady »)perd son « e » final (p. 455) ; que Jason Robards, Jr. deuxième époux de Lauren Bacall devient Bobards, Jr. ; que l’agent Irving « Swifty » Lazar hérite d’un « e » final comme celui qui selon la Bible se serait relevé ; que nom des les historiques studios de Borehamwood est écorché ; que Jack Palance bénéficie d’un « l » redoublé ; que la comédie musicale « On A Clear day You Can See Forever », correctement titrée une première fois, devient soudain « On a Clear Day View » ; que la Cannebière perd un « n » en cours de route…

Au chapitre des fabrications langagières, on découvre le « tries out » (pour try-out) et l’on apprend que « La Créature du Marais » de Wes Craven relève du « film d’anticipation/fantastique/has been » dont on peine à cerner la nature. Jourdan est aussi censé déclarer « Moi, je suis un character actor », c’est-à-dire un comédien à emploi unique, celui de l’amant », contresens patent puisque le propre du « character actor » (acteur de composition) est de pouvoir tenir une multitude d’emplois : flic, méchant, barman, épicier, etc.

La traîtresse langue de Shakespeare engendre enfin quelques énormités dont la plus savoureuse est sans conteste la traduction (p. 538) de « sweater girl » par LA FILLE QUI FAIT TRANSPIRER. Sur ce franc éclat de rire, amis du Septième Art, tirons l’échelle…

 

Olivier Eyquem

 

« Louis Jourdan – Le dernier french lover Hollwyood », Éditions Séguier, 2017, 22, 90 €

 

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