Voyageurs des rues

 

 

 

 

 

 

 

Comme dans toutes les petites rues de Paris, des artisans ambulants égayaient ma rue.

Souvent, j’entendais « Iiiiéééé…. », c’était le vitrier, avec ses grandes vitres accrochées au dos, qui venait voir si on n’avait pas un carreau cassé à remplacer. Comme tous les autres itinérants, il criait d’abord sous les fenêtres, puis entrait dans les cours et lançait son appel.

D’autres fois, c’était « Aaiiii…on ! », il fallait deviner : « Habits, chiffons !» l’homme poussait une carriole avec un tas de vêtements et de tissus, des neufs avec des défauts, des usés, des occasions, des chiffons, des coupons. Je courais à la fenêtre, comme tous les gens du quartier, ils levaient la tête, attendaient qu’on viennent les voir.

Des gens apportaient des couteaux et des ciseaux à aiguiser au rémouleur. Il y avait de quoi faire, entre les modistes, les tailleurs, les fourreurs, les couturières, les aubergistes…

J’aimais bien entendre ces personnages arriver, leur chant montait depuis le bas de la rue jusqu’en haut, il enflait, il s’éteignait lentement au fil de leur progression.

On avait aussi droit aux chanteurs de rue. C’était des femmes ou des hommes, jeunes ou entre deux âges, la misère les poussait à quémander des piécettes en échange de leur talent. Ils avaient des voix qui portaient, qui se cognaient aux murs et résonnaient sur les pavés, traversaient les portes, se glissaient dans les cages d’escalier…

On leur lançait des pièces, enveloppées dans du papier pour qu’elles ne s’éparpillent pas n’importe où entre les pavés ou dans les caniveaux.

Il passait aussi des marchands de journaux à la volée, mais je me rappelle surtout les artisans.

Une carriole, un homme vêtu d’un tas d’étoffes superposées. Il poussait cette carriole dans laquelle s’entassaient d’autres vêtements, d’autres objets mystérieux ; il lançait comme une plainte « Habiiiiits-Chiffooons… » je le voyais par la fenêtre dans la rue, et dans la cour, où il psalmodiait plusieurs fois son annonce. D’une fenêtre çà l’autre, on pouvait suivre sa progression, voir ses clients fouiller dans ses affaires, trouver leur bonheur…

N’ayant pas de photos de ma rue, ou de Paris de cette époque-là,  j’ai trouvé dans des livres des photos de familles inconnues des années 50 qui devraient raviver vos souvenirs.

Hélène Merrick

 

En haut : Veillée en famille dans les années 50 (Photo Willy Ronis)

Ci-dessous : Une rue de Paris (Photo Robert Doisneau)


 

 

 


 

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