Gilbert Salachas se souvient (4)

Je me souviens de Jean Nohain, dit Jaboune, d’un optimisme chronique incurable, idole des braves gens.

Je me souviens du feu de joie/feu de paille de Mai 68, je me souviens des slogans  “sous les pavés, la plage”, “il n’y a pas de sottes gens, il n’y a que de sots métiers”.

Je me souviens du mur de Berlin.

Je me souviens de la destruction du mur de Berlin.

Je me souviens d’avoir passé un bonne dizaine d’années de scolarité fastidieuses, tristes et pesantes.

Je me souviens des trousses, plumiers et porte-plumes avec plumes en fer de la marque Sergent Major.

Je me souviens des stylos à réservoir en caoutchouc emplis et vidés à l’aide d’un levier latéral.

Je me souviens que certains stylos avaient des plumes en or.

Je me souviens que d’autres avaient des plumes en verre bizarrement torsadées.

Je me souviens des premiers stylos à bille qui coûtaient extrêmement  cher.

Je me souviens de “Lamartine” – “Shakespeare” – “Qu’est-ce qui sort de la cheminée ?” – “La fioumée”.

Je me souviens de “Je ne suis pas aussi bête que tu en as l’air”.

Je me souviens que quand on était malade, on gardait le lit, on faisait la diète, on n’avait droit qu’à un bouillon de légumes au seuil de la convalescence. Quelquefois on nous posait des ventouses sur le dos et des cataplasmes sur la poitrine.

Je me souviens qu’on m’avait affirmé que Napoléon pouvait s’endormir et se réveiller sur commande, à la minute près.

Je me souviens avoir essayé le coup du réveil-matin piloté par mon horloge intérieure et que ça m’a joué un très sale tour.

Je me souviens qu’au mois de juin, tous les ans, les pré-adolescents catholiques des deux sexes faisaient leur première communion solennelle et revêtaient des tenues spéciales pour la circonstance. Les filles portaient des robes de mariée, les garçons des costumes marins ou des uniformes d’écoles anglaises. Un brassard blanc leur compétait la panoplie.

Je me souviens de la messe en latin, des orgues, de :

“Tantum ergo o sacramen-entum

Veneremur cernui i i

Et antiqum documentum”

Je me souviens de

“Credo in unum deum

Patrem omnipotentem

Factorem Celi et terrae”

Je me souviens de

“Confiteor Deo omnipotenti

Beatae Mariae semper virgini”

Je me souviens de

“- Dominus vobiscum

–  Et cum spiriti tuo”

Je me souviens dans un registre profane  de

“Fluctuat nec mergitur”

“Asinus asinum fricat”

“Cave canem”

“Dura lex sed lex”

“Doctus cum libro”

“Si docebis dicis”

“Age quod agis”

Je mes souviens des appareils noirs parallélépipédiques avec lesquels on prenait des photos, quelquefois de bonnes photos.

Je me souviens de bobines de pellicule petit trou ou gros trou.

Je me souviens d’un autre appareil, à soufflet, que l’on appelait simplement kodak

Je me souviens d’un autre appareil encore, avec viseur horizontal sur verre dépoli de format carré 6 x 6 et de marque Rolleyflex. Du luxe.

Je me souviens qu’on pouvait tirer soi-même des photos en exposant au soleil un petit châssis de bois enserrant une pellicule de négatif superposée à un papier photosensible.

Je me souviens de publications cinématographique françaises : “Ciné-miroir”, “Pour Vous”, “Cinémonde”, “Le film complet”, “Ciné-revue”, “Cinémondial”, “Vedettes”, “L”écran français”, “Cahiers du cinéma », “Positif”, “Image et son” “Cinéma 56” et la suite, “Téléciné”.

Je me souviens des revues  anglo-saxonnes “Picture show”, Picturegoer”, “Photoplay” , “Sight and sound”.

Je me souviens de Poiret et Serrault, de Poiret seul, de Serrault seul.

Je me souviens des Shadock, de Claude Pieplu.

Je me souviens de Pierre Desproges

Je me souviens de Guy de Larigaudie un scout-aristocrate à lunettes qui a fait un tabac auprès d’une génération de jeunes idéalistes catholiques avec son petit livre “Etoile au grand large”.

Je me souviens de Jean Mermoz,  jeune aviateur disparu en plein ciel et en pleine mer.

Je me souviens de “Lorsqu’avec ses enfants vêtus de peaux de bête”.

Je me souviens de “Rien ne sert de courir”.

Je me souviens de “Il était une fois trois petits chats piteux”.

Je me souviens de “Une aube affaiblie verse par les champs la mélancolie des soleils couchants”.

Je me souviens de “Me cherchiez-vous Madame, un espoir si charmant me serait-il permis ?”

Je me souviens de “Frère humains qui après nous vivez”

Je me souviens de “La dame en robe grivelée, par le verger s’en fut allée, belle de corps et d’air hautain, les yeux comme cieux du matin”.

Je me souviens de ceux qui pieusement, ceux qui copieusement”.

Je me souviens de “J’ai perdu ma force et ma vie”.

Je me souviens de Plus ou moins racine de B2 moins 4 ac sur deux a.

EN REVANCHE…

Je ne me souviens pas de ma première chemise

Je ne me souviens pas des paroles du décalogue.

Je ne me souviens pas de la chronologie des dates de ma vie.

Je ne me souviens pas des milliers de films que j’ai vus et dont je ne me souviens pas.

Je ne me souviens pas des noms de la plupart de mes camarades de classe non plus que des copains de régiment qui n’étaient pas des copains.

Je ne me souviens pas de ce que j’ai fait avant-hier.

Je ne me souviens pas de tous les départements de la France ni de tous les États des USA.

Je ne me souviens pas de quantité d’événements de mon enfance et de ma vie.

Je ne me souviens pas de l’âge de mes artères.

Je ne me souviens pas d’avoir fait du tort à quiconque volontairement.

Je ne me souviens pas du titre d’un film des années trente avec Rochelle Hudson et qui se passait dans le grand nord.

Je ne me souviens pas de la majorité des événements récents historiques ou personnels.

Je ne me souviens pas de ce que j’ai mangé, hier, encore moins avant-hier, encore moins en amont.


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Un commentaire pour Gilbert Salachas se souvient (4)

  1. leclerc dit :

    oui oui on se souvient….. mais où trouver la « récitation » des 3 petits chats piteux que cherche ma vieille tantine adorée ???

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